Analyse | Faut-il abandonner la tarification du carbone sur l’essence?
Dès lors que vous interrogez les citoyens sur leur degré d’ouverture à une baisse de taxes, vous savez déjà quelle réponse vous allez obtenir. En demandant aux Québécois s’ils veulent une réduction de 10 cents le litre d’essence en laissant tomber la tarification du carbone, la firme Léger ne pouvait imaginer un résultat différent qu’une vaste approbation. C’est ce qui s’est passé, et il faut se demander maintenant si François Legault va céder. C’est 56 % des Québécois qui sont d’accord avec l’idée de laisser tomber la tarification du carbone, contre 28 % qui veulent garder le système intact. Léger a pris soin de bien poser l’enjeu en questionnant les répondants à son sondage. Voici la question complète : « Le gouvernement fédéral a aboli son système de tarification du carbone, ce qui a occasionné une baisse du prix de l’essence dans les provinces canadiennes, à l’exclusion du Québec, qui conserve son propre système de tarification. Laquelle des deux opinions partagez-vous? En opposant une baisse de 10 cents le litre à un investissement dans la transition énergétique, il est bien possible que les deux options n’aient pas été présentées sur un pied d’égalité. Peut-être que la firme Léger aurait pu ajouter des informations factuelles en définissant davantage ce que ça veut dire d’investir dans la transition énergétique? Aurait-on pu, par exemple, ajouter que ces investissements nous permettent de réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES)? Peut-être bien, mais c’est sujet à débat, certainement. Pourtant, le Québec n’a pas à rougir de son bilan. Le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs rapportait ceci le 17 décembre dernier : Une chose est certaine, le gouvernement du Québec gagnerait à mieux communiquer ces avancées pour expliquer les effets des politiques mises en place au cours des dernières décennies, notamment avec le Fonds vert, qui est devenu le Surtout, il est clair que le Québec aurait eu tout intérêt à mesurer de façon très rigoureuse l’efficacité des investissements du Fonds vert, chose qui a suscité de vives critiques de la part du Commissaire au développement durable. Si tel avait été le cas, le gouvernement du Québec pourrait mieux faire valoir auprès de la population l’efficacité de son marché du carbone. N’empêche, entre une baisse de taxe et le maintien de celle-ci pour alimenter un fonds visant à financer des projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’effort n’est pas le même pour le citoyen à qui on pose la question. Puisqu’une bonne partie de la population en arrache pour joindre les deux bouts, avec des pressions inflationnistes qui demeurent fortes dans les coûts du logement et à l’épicerie, il est vraiment difficile, pour bien des gens, de rejeter une baisse de taxe. C’est totalement compréhensible. Et, surtout, quand vous savez que le reste du pays a droit à cette réduction, pourquoi diantre devrions-nous encore payer cette tarification si les autres ne le font pas? À la pression financière, s’ajoute l’impression d’une injustice avec le reste du pays. Alors, d’un côté, vous avez une taxe carbone qui est logique sur le plan économique. La tarification québécoise est d’ailleurs bien plus utile que celle qui était implantée par le gouvernement fédéral. Elle a la double fonction de faire changer les comportements et d'alimenter un fonds d’investissement. La taxe carbone du gouvernement fédéral n’avait qu'un but, celui d’entraîner les gens à faire d’autres choix, alors qu’Ottawa avait choisi de rembourser les coûts moyens de cette taxe par une remise financière trimestrielle. De l’autre côté, il faut aussi prendre en compte l’acceptabilité sociale des mesures. La taxe carbone est devenue très impopulaire au pays quand le chef conservateur Pierre Poilievre en a fait une cible à détruire. On peut dire qu’il y est parvenu, alors que le premier ministre Carney a décidé de couper court au débat sur cet enjeu en annulant lui-même la taxe carbone le 1er avril dernier. Une politique qui n’est plus acceptée par la population, peu importe la cause, devient tout simplement contre-productive. Et des gens, totalement conscients des enjeux environnementaux, se retrouvent aujourd’hui à contester cette tarification du carbone, qu’ils jugent injuste et inutile. La difficulté supplémentaire pour François Legault, c’est que l’annulation de la taxe carbone dans neuf provinces canadiennes a entraîné un fort recul de l’inflation au pays en avril, alors qu’au Québec, le taux d’inflation monte! Pour l’ensemble du pays, le taux est passé de 2,3 % en mars à 1,7 % en avril, grâce à une baisse sur 12 mois de 18 % du prix de l’essence et de 14 % du prix du gaz naturel. Au même moment, le taux d’inflation est passé de 1,9 % à 2,2 % au Québec. Alors, on peut bien expliquer que de ne pas taxer le carbone est l’équivalent de subventionner la pollution, si la mesure n’est plus acceptable aux yeux de la population, s’il y a apparence d’injustice, vous pouvez vous retrouver avec des politiciens qui adopteront carrément des politiques anti-environnement. Il faut donc être pragmatique. Le dogmatisme ne donnera pas les résultats souhaités. Qu’est-ce qui est le plus important : maintenir coûte que coûte une taxe détestée, malgré toute sa logique économique? Ou maintenir un plan de match qui vise à la fois la baisse des émissions de gaz à effet de serre et l’adhésion populaire? Alors que le Parti conservateur du Québec demande la fin de la tarification du carbone et que le Parti québécois fait des propositions pour harmoniser les prix de l’essence avec les provinces voisines, que fera donc François Legault? Va-t-il résister et protéger le modèle du marché du carbone au Québec? Ou va-t-il céder?Pendant la période 1990-2022, le Québec a réduit les émissions sur son territoire de 7,2 %, malgré une croissance de 23,9 % de la population et une augmentation de 84,3 % du produit intérieur brut (PIB). En tenant compte de l'effet du marché du carbone, grâce auquel le Québec a également généré des réductions à l'extérieur de son territoire, le Québec a réduit, en 2022, ses émissions de 19 % par rapport aux niveaux de 1990 et a donc atteint la moitié de son objectif. En 2023, à partir des données actuellement disponibles, on estime que les émissions de GES au Québec seront significativement inférieures à celles de 2022.
Fonds d’électrification et de changements climatiques
, en 2020, financé par la tarification du carbone.Une impression d'injustice
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